
Photo: Y. van den Broek
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A Ouré Cassoni, à seulement cinq kilomètres de la frontière soudanaise, il est pratiquement impossible de survivre sans l'aide d'ONG et d'organisations des Nations Unies. Sur place, SOS Villages d'Enfants travaille en étroite collaboration avec l'UNHCR et l'International Rescue Committee pour identifier les familles à prendre en charge en priorité, sur le plan thérapeutique et médical, et pour coordonner les mesures d'aide à apporter.
Fin février, Angelina Jolie, Ambassadrice de bonne volonté de l'UNHCR, a visité le camp de réfugiés d'Ouré Cassoni, pour évaluer la situation dramatique et pour attirer l'attention de la communauté internationale sur le destin de la population du Darfour. Pendant son séjour de 48 heures, elle a également, avec Yolanda van den Broek, rendu visite à trois familles prises en charge par SOS Villages d'Enfants. Angelina Jolie a été consternée de voir que la situation des réfugiés ne s'est pas vraiment améliorée depuis sa dernière visite, il y a trois ans. Mais elle a également été émue par l'espoir qu'ils nourrissent et qui n'a pas faibli: celui de retourner chez eux, au Darfour, celui de voir une force de maintien de la paix déployée au Tchad et celui de voir les crimes punis. Elle s'est montrée impressionnée par le travail des organisations d'aide et a fait l'éloge de leurs employés, qui, même après plusieurs années, continuent à s'engager malgré la difficulté des conditions.
L'UNHCR a établi douze camps au Tchad pour plus de 230 000 réfugiés du Soudan, Ouré Cassoni est situé le plus au nord. Avant le lancement du programme d'aide de SOS Villages d'Enfants, il n'existait dans ce camp aucune assistance professionnelle aux enfants et aux mères victimes de traumatismes. Pourtant, presque tous ont vécu des choses terribles, chez eux ou lorsqu'ils étaient en fuite.

Photo: Y. van den Broek
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Yolanda parle du petit Mahamat*, sept ans, qui comme des milliers d'enfants dans son cas, est gravement traumatisé et nécessite d'urgence une assistance psychologique et médicale, et surtout la paix et la sécurité.
"La guerre au Darfour est une catastrophe humaine. Nombreux sont ceux qui ont dû quitter leur maison, après qu'elle ait été pillée et brûlée, des femmes et des jeunes filles ont été enlevées, du bétail volé et les gens ont été obligés de quitter leur terre natale en ne pouvant rien emporter, absolument rien. Les membres de la communauté Zaghawa sont forts et résistants, et ils ne parlent pas beaucoup de sentiments. La plupart des hommes diraient que c'est la perte de leurs terres qui les peine le plus, mais on ne peut que deviner les épreuves qu'ils ont dû traverser. Je suis convaincue qu'avec le temps, davantage d'histoires vont remonter à la surface. Nous découvrons de plus en plus de traumatismes enfouis et de récits d'expériences bouleversantes. Il est difficile de ne choisir qu'une seule histoire, parce qu'il en existe beaucoup qui devraient être racontées …mais celle-ci m'a particulièrement émue.
On nous avait parlé d'un garçon qui avait d'urgence besoin de notre aide. Nous sommes allés le voir chez lui. C'était, comme partout ailleurs, une tente en piteux état avec un mur de briques provisoire tout autour pour éviter que la tente ne soit arrachée par une tempête de sable. Le petit Mahamat, était assis dehors, au soleil, il était tout nu et tout seul. Il était attaché à un piquet par un bout d'étoffe enroulé autour de sa cheville. Il était à genoux, la bouche ouverte et le visage recouvert de mouches, et il frappait le mur avec son dos. Lorsque nous nous sommes approchés, il a rampé, aussi loin que lui permettait le lambeau de vêtement à sa jambe.
Sa mère lui a apporté un vieux t-shirt et nous a offert du thé, puis elle a raconté l'histoire de Mahamat. Il y a trois ans, Mahamat était un petit garçon comme les autres, en bonne santé. Puis un jour, alors qu'il jouait dehors, un avion a lâché une bombe sur la maison des voisins. Mahamat a paniqué et il est parti en courant. Ce n'est que deux jours plus tard qu'on l'a trouvé par hasard à l'autre bout du village, complètement déshydraté. On l'a ramené à sa mère.
Mahamat n'a plus parlé depuis lors. La mère a pris ses quatre autres enfants et Mahamat pour s'enfuir au Tchad. On ne sait pas où est le père de Mahamat, il a disparu depuis quatre ans. Il est probablement mort ou se bat aux côtés des rebelles. Depuis son arrivée au camp, Mahamat a essayé de s'enfuir et de se blesser volontairement. Sa mère ne savait pas comment l'en empêcher et l'a donc attaché. Tandis que nous étions assis près de lui, il donnait des coups dans le sable ou se frappait lui-même et évitait de nous regarder. Après un moment, il m'a laissée le toucher. Et lorsque j'ai défait le lien et que j'ai essayé de faire quelques pas avec lui, un sourire a furtivement glissé sur son visage. Mahamat est resté trois ans dans cette position, ses muscles se sont raccourcis, il peut à peine marcher et ne peut tendre ses jambes.
Au début, au camp, quand il y avait soudain un bruit fort ou qu'un avion était en vue, raconte sa mère, Mahamat se mettait à trembler. Aujourd'hui, après trois ans, il semble pétrifié, n'entre pas en contact, est replié dans son monde à lui. Au cours de notre seconde visite, il a cherché le contact physique, a pris nos mains, s'est assis près de moi et m'a même, à plusieurs reprises, regardée dans les yeux.

Photo: Y. van den Broek
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La mère n'a pas essayé de trouver de l'aide pour Mahamat parce qu'il n'y avait aucun établissement médical où ils vivaient. Elle est très soulagée que SOS Villages d'Enfants l'aide à s'occuper de Mahamat. Lors de notre première visite, il a semblé heureux de sortir de sa prison, nous faisons maintenant de la thérapie par le jeu et, régulièrement, quelqu'un marche avec lui afin qu'il fortifie ses muscles. J'espère que nous pouvons redonner un peu de confiance à ce petit garçon, un sentiment de sûreté …un avenir."
*Nom modifié par la rédaction