La soif d’apprendre : des élèves en Somalie 

Malgré les troubles politiques permanents et le danger de violence dans la capitale de Mogadiscio, les institutions de SOS Villages d’Enfants sur place, y compris un hôpital et une école, sont toujours en service. Musa Ibrahim Dugow, directeur de l’école primaire et secondaire SOS Hermann Gmeiner, décrit la situation des étudiants dans un pays en proie à la guerre et à la pauvreté.

Photo: Archifs SOS
  Des cours sont dispensés malgré le danger omniprésent - Photo: Archives SOS

Après un violent incident, en octobre 2008, sur le site des locaux temporairement loués, notre école a été provisoirement fermée. Elle a rouvert ses portes le 7 mars. Nous avons actuellement 500 élèves, et plus de 500 autres sur une liste d’attente. Dès que l’école a été rouverte, les demandes d’admission ont afflué. On a demandé de proposer des cours également l’après-midi et je suis en faveur de cette demande.  

Photo: Hilary Atkins
Musa Ibrahim Dugow discute avec la directrice nationale adjointe de la Somalie, Sahara Mohamed, de la situation de l’école - Photo: Hilary Atkins

Actuellement, la zone autour du village représente la partie la plus sûre de Mogadiscio, mais tout le monde a peur de la guerre. Il y a deux groupes de personnes : celles qui ont perdu la vie parce qu’elles ne savaient pas où se réfugier, et celles qui ont pris la fuite et qui se déplacent jour et nuit parce qu’elles ne savent pas ce qui les attend encore. Elles ont peur, n’ont plus d’espoir et se sentent menacées. Ceux qui en ont les moyens quittent le pays et les autres continuent à se déplacer. Malgré cela, il y a toujours des enfants qui viennent régulièrement à l’école parce que la demande est si élevée.   

Un de nos élèves a été assassiné la veille d’un examen. Malgré tout, le lendemain, le seul absent était la victime. Les élèves ont la soif d’apprendre, ils sont avides de savoir. Et ils sont prêts à faire des efforts. La volonté avec laquelle ils vous écoutent fait presque oublier que ces enfants vivent dans une zone de guerre. Les élèves se rendent régulièrement à l’école, indépendamment des combats. Ils ne veulent pas s’enfuir, ils viennent et attendent que vous leur appreniez quelque chose. Quand ils sont là, ils sont prêts.   
 
Il y a encore beaucoup à faire pour nous à Mogadiscio, mais SOS Villages d’Enfants
a donné de l’espoir aux enfants. Le nôtre, c’est l’école anglophone de Mogadiscio avec son propre programme. Dans toutes les autres écoles, l’enseignement se fait en arabe ou en somali. L’école est également très bien équipée, avec des laboratoires scientifiques et informatiques et une librairie. Pour les élèves, l’accès y est pratiquement gratuit, ils ne payent que $10 par semestre ou $2,5 par mois ; aucune autre école de la ville n’offre un équipement pareil (sans parler des meilleurs enseignants du Kenya !) à un prix comparable.

Nous avons cependant un problème qui me travaille et dont peu de personnes ont conscience : que se passe-t-il avec les élèves qui passent les examens nationaux ? Où vont-ils ? En tant qu’éducateurs, nous nous intéressons au parcours de nos jeunes diplômés puisque c’est pour nous la seule façon de contribuer au monde en tant que professeurs. 

Les 35 premiers élèves de l’école primaire ont accès à l’école secondaire, les autres doivent s’inscrire dans des écoles moins prestigieuses. Les élèves de l’école secondaire peuvent s’inscrire dans les institutions locales mais ne sont pas admis dans les universités de l’étranger. J’ai mené des négociations avec plusieurs universités en Ouganda qui ont accepté d’accueillir ces élèves et récemment, j’ai réussi à mettre en place une coopération avec le collège de formation des enseignants de Puntland qui nous a accordé deux bourses, à condition que les étudiants retournent enseigner dans leur école. Notre bureau national en Somalie a déjà accordé une bourse et trois demi-bourses à des élèves de l’école secondaire pour qu’ils puissent bénéficier de cette formation et mettre en place leur propre personnel pour l’avenir. Nous avons aussi urgemment besoin de programmes de bourses car notre programme est basé sur celui du Kenya et les cours sont dispensés en anglais, ce qui ne correspond pas du tout à la situation des écoles de la région.   
  
J’ai dit, il y a quatre ans, que si on utilisait les institutions de manière adéquate, le jour viendrait où la plupart des dirigeants somaliens seraient d’anciens élèves de notre école. Il y a du progrès, mais nous sommes également confrontés à de grandes difficultés. Et pourtant, notre travail quotidien consiste à donner espoir aux enfants : c’est le seul espoir qu’ils ont.

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