Programme de scolarisation des orphelins et enfants vulnérables 

Une aide considérable pour les communautés en République Centrafricaine 

L'impact du VIH/SIDA sur les enfants en République Centrafricaine évolue considérablement, de même que le taux d'enfants rendus orphelins par cette pandémie et les vulnérabilités qui accompagnent leurs conditions. Le pays compte 140,000 orphelins du SIDA, 24,000 enfants vivant avec le VIH, 6,000 orphelins et autres enfants vulnérables dans les rues (UNICEF 2007). Ces enfants, en plus de porter le fardeau de la stigmatisation et de la discrimination, se retrouvent dans des situations où le délabrement des structures d'encadrement est tel que la plupart sont livrés à eux-mêmes et exclus des droits les plus élémentaires, dont le droit à l'éducation. En 2006, SOS Villages d'Enfants, à travers le programme de renforcement de la famille a mis sur pied un programme de scolarisation des orphelins et enfants vulnérables, afin de leur donner une chance d'envisager un futur meilleur.
Photo: Catherine Ngo Biyack
Dans l'école SOS Hermann Gmeiner de Bangui - Photo: C. Ngo Biyack

"En République Centrafricaine, les cours ont lieu de lundi à vendredi, de 7h30 à 12h45. Etant donné que les après midis sont généralement libres, nous avons pensé que nous pourrions mettre nos bâtiments à la disposition des enfants des communautés environnantes, afin de leur permettre d'aller à l'école comme tous les enfants de leur âge". C'est en ces termes qu'Albert Niwia, directeur de l'école primaire SOS Hermann Gmeiner de Bangui justifie le programme de scolarisation des orphelins et enfants vulnérables. Ce programme a été conçu pour promouvoir l'égalité d'accès̀ au savoir, dans un environnement où l'accès à l'éducation est marqué par de fortes inégalités, dépendamment des critères sociaux. Les enfants se recrutent essentiellement parmi les bénéficiaires du programme de renforcement de la famille; c'est-à-dire les orphelins du VIH/Sida, les enfants vivant avec le VIH, les enfants chefs de ménage, ceux vivant avec un/des parents malades en phase terminale ou en situation d'extrême pauvreté.

Les cours se déroulent dans les locaux de l'école primaire SOS Hermann Gmeiner de Bangui de lundi à vendredi, de 13h à 16h30; et le samedi, de 7h30 à 11h30. Les programmes sont ceux homologués par le ministère de l'éducation nationale. La moyenne est de 35 élèves par classe. Ceux-ci sont entièrement pris en charge par SOS Villages d'Enfants qui supporte les frais scolaires. Les enfants reçoivent également les tenues scolaires, les fournitures et tout le matériel didactique nécessaire pour leur éducation. Ils sont encadrés par des instituteurs préalablement formés, ayant la pleine mesure des responsabilités qui sont les leurs.

Photo: Catherine Ngo Biyack
Photo: C. Ngo Biyack

"Ces instituteurs reçoivent le même encadrement et le même appui que ceux de l'école primaire SOS Hermann Gmeiner. Ils ont certes un travail supplémentaire qui coûte un peu plus de temps mais, en ce qui concerne l'organisation et la gestion du travail, il n' y a pas de problème particulier. Par contre, les enfants du programme de scolarisation qui ont plus de difficulté à s'adapter à l'école ont quatre heures de cours en moins par semaine, par rapport ceux de l'école primaire. En ce moment, un plan horaire est entrain d'être conçu, afin de leur permettre d'être au même niveau que leurs camarades", a expliqué le directeur de l'école.

En général, les enfants du programme de scolarisation des orphelins et enfants vulnérables ont des problèmes en lecture et écriture, d'autant que très souvent, il s'agit de leur premier contact avec l'école. "En première année, beaucoup ne savent pas parler ni lire, encore moins écrire. Ceux qui parlent n'articulent pas bien. Ils ont des problèmes de prononciation, et cela nécessite beaucoup de patience. Il faut perpétuellement recommencer le processus d'enseignement pour bien se faire comprendre. Ce n'est qu'au fur et à mesure de leur progression que le niveau se stabilise", a déclaré Salvador Kpiogbissi, enseignant. Sur la qualité des enseignements dispensés, le directeur de l'école a dit que la formation est faite avec la même rigueur et le même engagement que partout ailleurs, la finalité étant de doter ces enfants d'un savoir qui leur permette de mieux envisager leur avenir.  

Les critères de sélection constituent le véritable talon d'Achille du programme de scolarisation des orphelins et enfants vulnérables: "La première année de fonctionnement a été assez difficile parce que nous n'avions pas le niveau réel des enfants et il était très difficile de les évaluer. Les enfants étaient recrutés sur la base des informations données par leurs parents. C'était la seule référence, il n'avait pas de documents écrits. Il y 'en avait parmi eux qui n'étaient jamais allés à l'école, bien qu'ayant dépassé l'âge scolaire. Il nous a fallu faire des tests de mise à niveau pour les évaluer et savoir dans quelle classe ils pourraient être inscrits", a expliqué Albert Niwia, directeur de l'école.


Photo: Catherine Ngo Biyack
Photo: C. Ngo Biyack
Une fois à l'école, les enfants présentent des réactions diverses, selon les cas. "Il y 'en a qui sont très timides. Ceux là sont des enfants abandonnés à eux-mêmes, sans repères. Ils ont de la peine à respecter les normes du nouvel environnement et à s'adapter", explique un enseignant. "D'autres par contre sont agressifs, brutaux et très difficilement maîtrisables. Avec beaucoup d'efforts, ils changent au fur et à mesure que le temps passe, mais il faut un minimum de tolérance et de patience", ajoute t-il. Quelque soit la réaction manifestée, un constat est clair: Les enfants sont contents d'être à l'école, en témoigne le sourire hagard de Claire, 15 ans, élève en troisième année, devant son maître qui lui demande d'aller faire une opération de calcul au tableau.

Depuis plus d'une décennie, l'école Centrafricaine est perturbée par des crises sociales et économiques, avec pour conséquences la détérioration de la qualité de l'enseignement et la dégradation du taux de scolarisation entre autres. Le programme de scolarisation des orphelins et enfants vulnérables est une aide considérable pour les communautés en République Centrafricaine en général, et plus spécifiquement celles de Gbangouma dans le 7ème arrondissement, quartier particulièrement défavorisé de Bangui. La situation des enfants y est difficile et précaire. L'accès à l'éducation est freiné par l'absence de frais et fournitures scolaires dus à la pauvreté de parents, et le manque criard d'infrastructures. Le 7ème arrondissement compte deux jardins publics et une dizaine d'écoles primaires qui manquent de tables bancs. "Les enfants sont souvent assis à même le sol pendant les cours, dans des salles de classes pouvant compter jusqu'à 200 élèves", déclare un enseignant. La scolarisation de la jeune fille reste problématique. Celle-ci est très souvent retenue à la maison pour des tâches domestiques, pendant que sa maman est au champ. Les filles qui franchissent le cap de l'enseignement secondaire abandonnent leurs études avant la fin du cycle, pour cause de mariages et grossesses précoces.       

Le programme de renforcement de la famille en République Centrafricaine assiste 1644 enfants avec l'appui des agences des Nations Unies, des associations, des ONG locales et internationales. Les enfants reçoivent un soutien multidisciplinaire dont le but est de satisfaire leurs besoins médicaux, nutritionnels, psychosociaux et éducatifs. En plus du programme de scolarisation récemment mis sur pied, ceux qui ne peuvent plus suivre une scolarisation normale reçoivent une combinaison de renforcement des compétences professionnelles pratiques et les outils qui leur permettent de créer leur propre petite entreprise.

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